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L’adieu aux lubrifiants
Vedette du SIHH, la Master Compressor Extreme Lab incarne un vieux rêve d’horloger: un garde-temps qui fonctionne sans huile ni graisse. Décryptage.
Didier Pradervand
Dans le monde horloger, le mot «révolution» est beaucoup utilisé, souvent galvaudé. Pas cette fois. Signée Jaeger-LeCoultre (Groupe Richemont), la première montre mécanique fonctionnant sans aucune lubrification, préfigure certainement l’horlogerie de demain… et d’après-demain. Elle concrétise en tout cas un vieux rêve d’horloger.
Depuis toujours en effet, huiles et graisses sont nécessaires pour assurer le bon fonctionnement des divers rouages des calibres. Or, avec le temps, et sans révisions régulières, ces lubrifiants s’altèrent. Ils n’aiment pas non plus les températures extrêmes, la précision des montres s’en ressent.
Deux ans de recherches, près de 45 personnes mobilisées, pas moins de treize matériaux high-tech, des pièces complètement redessinées (notamment le balancier et le spiral), six brevets déposés, des tests à +60 et à –40°C, etc. La liste des innovations et des défis est
longue avec, au final, une montre ultralégère (75 grammes) au look sport chic affirmé, presque banal, mais qui offre une grammaire horlogère totalement revisitée.
Parmi les matériaux retenus, on citera – une première en horlogerie – le carbonitrure Easium™ (mélange de poudre de céramique et de poudre de métaux) utilisé en lieu et place des rubis ainsi que pour le contre-pivot et certains paliers.
On mentionnera également le diamant cristallin noir pour les palettes d’ancre, la poudre de graphite pour remplacer la graisse du barillet, un alliage de platine iridium pour la masse oscillante et le balancier ou encore le Ticalium® (alliage d’aluminium et de carbure de titane) pour le pont de centre.
Afin de garantir que ces nouvelles pièces ne s’éliment ou ne s’abîment, certaines ont subi des tests de laboratoire équivalents à dix années au porter.
Ni défi ni délire
Les responsables de la manufacture affirment qu’il «ne s’agit ni d’un défi ni d’un délire technologique». «Ce n’est pas une concept watch, insistent-ils. D’ici à cinq ans, et une fois achevée la phase d’industrialisation, nous devrions intégrer 80% des innovations de cette montre dans nos autres lignes de produits.»
Cerise sur le gâteau ou luxe extrême, la manufacture du Sentier a adjoint à son mouvement quelques complications, dont un tourbillon tournant dans une cage en alliage de magnésium, un double fuseau horaire avec indication am/pm et une aiguille calendrier sautant par-dessus la cage du tourbillon.
Pour l’heure, la «Grande Maison» annonce une production de cinq à dix pièces par an, «avec un plafond total à trente, un seuil, dit-elle, qui serait déjà atteint.»
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