Ringier
Montres Passion
Previon AG
Montre de l’Année 2009
Le grand écart
Le jury des professionnels réuni par «Montres Passion» a élu Montre de l’Année 2009 l’Historiques American 1921 de Vacheron Constantin, la Baignoire Grand Modèle de Cartier emporte le Prix Montre de Dame. Quant au Prix spécial du jury, il récompense trois modèles, symboles de la «nouvelle horlogerie».
Didier Pradervand
Depuis seize ans, élire la Montre de l’Année s’apparente à un ardu et difficile exercice, fait de passion, de confrontations, d’arguments et de contre-arguments. D’une première liste d’une centaine de pièces identifiées par les membres du jury, réduite par votes nominaux à une quarantaine de montres, exami­nées sous tous les angles, jugées et notées individuellement de 1 à 10 selon divers critères, seules quatre, au final, sont en effet récompensées.
Cette année, avec une rare et exceptionnelle unanimité, deux modèles ont rapidement émergé, avec un total de points ne laissant augurer ni débat ni dispute.
C’est ainsi que l’Historiques American 1921 de Vacheron Constantin et la Baignoire Grand Modèle en or rose de Cartier s’arrogent respectivement le Prix Montre de l’Année et
celui de Montre de Dame de l’Année.
L’effet crise?
Est-ce à cause de la crise? Mais on notera dans ce choix comme un goût de reviens-y, de retour aux fondamentaux. Bien que réinterprétés, dotés de tailles plus contemporaines et de mouvements à remontage manuel d’aujourd’hui, les deux modèles sont en effet nés il y a presque un siècle, chacun à sa manière incarnant ainsi le retour à un classicisme, à une esthétique connus et reconnus, une sorte de recentrage sur ce qui a forgé l’identité de chaque marque. Manière peut-être de se rassurer ou de patienter en attendant que l’économie redémarre.
American 1921
Fidèle à l’original avec son boîtier coussin (mais agrandi et en or rose), son axe horaire décentré et sa couronne à 1h, la montre a été rééditée par Vacheron Constantin (collection les Historiques) afin de valoriser la richesse de son patrimoine. Et les membres du jury de saluer l’absolu mariage «du classicisme et de l’originalité», «de la simplicité et de l’ergonomie», «du ludique et de l’élégance», «de la légèreté et de la rigueur horlogère», mais aussi «sa parfaite réalisation», «sa lisibilité», «sa beauté intemporelle» et même «son look unisexe. Cette montre ne déparerait pas sur un poignet féminin». Mais tous de regretter avec la même unanimité le prix (28 000 francs), jugé «beaucoup, beaucoup trop cher».
Baignoire Grand Modèle
Créé en 1912 par Louis Cartier, relancé en 1956, relooké en 1966, baptisé Baignoire en 1973, ce modèle n’est pas l’un des plus connus de la maison, mais son élégante simplicité le rend pourtant facilement reconnaissable. Et les membres du jury de signaler qui «ses parfaites proportions et son harmonieuse ergonomie», qui son «fond ouvert, rare dans les montres pour dames et méritant d’être salué», qui «sa polyvalence, portable à la fois le jour et le soir», qui «le magnifique retour d’une montre absolument féminine sans pour autant jouer de l’artifice joaillier, diamants et nacre à la clé» et qui, enfin, «une montre d’aujourd’hui renouant parfaitement avec l’esprit de la marque». Et le jury de relever également à la fois l’excellence du mouvement à remontage manuel (Piaget) et la couleur «parfaite» du boîtier en or rose.

Bataille pour le Podium
Pour les deux autres places restantes, les membres du jury se sont divisés entre plusieurs modèles que leurs notes individuelles respectives avaient mis presque à égalité.
Certains tenaient en effet à saluer les nouveaux calibres horlogers (Chronographe monopoussoir Nicolas Rieussec de Montblanc, Chronographe Central de Cartier, Sotirio Quantième Annuel de Bulgari, Patravi EvoTec DayDate de C.?F. Bucherer, Cricket Automatique de Vulcain, Chronomat B01 de Breitling, Eterna Madison Spherodrive ou encore chronographe ETA C01.211 de la Tissot Couturier), d’autres leur préférant, pour partie, un classicisme affirmé (Calatrava Officier de Patek Philippe, L.U.C XPS de Chopard), le relooking d’anciennes icônes (Polo FortyFive de Piaget) ou alors des montres plus complexes ou esthétiquement plus innovantes (Ti-Bridge de Corum, Marine Royale 5847 de Breguet, TNT Royal Rétro de Pierre DeRoche, Aquatimer Deep Two d’IWC, Turbine de Perrelet ou Cat’s Eye Calendriers Annuel et Zodiacal de Girard-Perregaux).
Très vite pourtant, le consensus s’est fait autour de deux ­modèles incarnant ces diverses tendances, à savoir la Ti-Bridge de Corum et le Chronographe monopoussoir Nicolas Rieussec de Montblanc. Au vote à main levée et avec deux voix d’avance, la première citée obtient donc la seconde place du classement 2009, l’autre le troisième rang.
Corum
Pour la Ti-Bridge et son mouvement baguette horizontal, le jury relève «l’originalité et l’audace du boîtier» certes inspiré de modèles existants (notamment signés Rodolphe), mais en signalant qu’il fallait y voir «plus un hommage qu’un plagiat», mais aussi «l’excellent rapport qualité-prix» de la montre (mouvement à remontage manuel avec 3 jours de réserve de marche pour 16 000 francs), «son design innovant mais sans exubérance», «sa sobriété et son élégance», «son équilibre et sa prestance», «ses ergonomie et très bonne portabilité» et, enfin, voire surtout, une «magnifique réinterprétation du mouvement baguette qui fit la gloire de la marque». Bémol s’il en fallait un: le côté un peu «grisouille» du modèle et le pont cachant le mouvement.
Montblanc
Décliné en acier, le Chronographe monopoussoir GMT de Montblanc, «la seule complication du palmarès», se voit récompensé pour «sa technicité et son originalité» (disques rotatifs pour les compteurs), «sa très belle exécution et la qualité de ses finitions» ou encore «la profondeur, la lisibilité et la beauté de son cadran». Si certains membres du jury saluent l’excellence du rapport qualité-prix («moins de 10 000 francs pour un chronographe monopoussoir »), d’autres se montrent plus «brutaux et concis» dans leur jugement, estimant que la marque a «enfin produit une vraie montre...».

Prix coup de cœur
Débat nettement plus vif lorsqu’il s’est agi pour le jury – il est libre ou non de le faire – d’attribuer un Prix coup de cœur afin de saluer une réalisation horlogère exceptionnelle ne répondant pas aux critères de sélection de la Montre de l’Année. C’est au vote que le dilemme – attribuer ou non le prix – a été tranché, le jury optant pour l’affirmative. Restait alors à aplanir les divergences de vues et faire émerger le lauréat 2009.
Après de longs échanges entre deux camps qui ont vu s’affronter les tenants d’un prix récompensant des créations horlogères, telle notamment l’Hybris Mechanica Grande Sonnerie de Jaeger LeCoultre incarnant «l’aboutissement d’un savoir-faire horloger pluricentenaire», et ceux qui préféraient – coup de cœur oblige – «récompenser une vision originale et innovante de l’horlogerie». C’est de nouveau au vote à main levée que le jury a tranché; non pas en faveur d’une montre, mais – fait unique depuis seize ans – en en désignant trois. Soit: la HM3 de MB&F,
la Sequential One de Manufacture Contemporaine du Temps et la UR-CC1 d’Urwerk.
Trois créations horlogères qui, chacune à sa manière, incarnent – et c’est à ­elles que le Prix coup de cœur s’adresse – ce que d’aucuns appellent la «nouvelle horlogerie». Un Prix coup de cœur 2009 qui entend donc récompenser tout à la fois «l’originalité des démarches de ces trois marques», «leur audace et leur créativité dans la manière d’aborder l’affichage et la lecture du temps», «la modernité et la persévérance des approches» et, enfin, «les pistes que ces créations ouvrent sur l’avenir».
Bémols
Mais les membres du jury tiennent également à rappeler que cette «nouvelle» horlogerie, tout audacieuse, innovante et différente qu’elle est, ne saurait incarner et symboliser à elle seule l’avenir de l’industrie horlogère suisse. Ses modes de production, la taille des entreprises et le nombre de pièces produites étant par trop infimes pour être la réponse à la situation de crise que connaît actuellement le secteur...
Prix du public
Après trois semaines de mise en ligne sur un site dédié et près de 3000 votants, chacun élisant son podium préféré, le public, lui, s’est montré, comme en 2008, conquis par une montre aux détails ludiques, soit le Chronographe automatique Pershing 002 de Parmigiani Fleurier (calibre PF 334) avec notamment – détails – sa petite seconde à 3h en étoile de mer, sa trotteuse à contre-poids poulpe ou encore sa grande date à 6h, ses indications tachymétriques sur 3 mètres, sa lunette tournante et son bracelet en veau Epsom blanc à surpiqûres bleues. Il devance de quelques centaines de voix la Monaco LS calibre 12 de TAG Heuer et la Masterpiece Lune Rétrograde de Maurice Lacroix.

© Copyright by Montres Passion - www.montrespassion.ch - 30.07.2010  Haut de la page